L' Expat tag, celui que Lydoue m'a lancé dans un des ces bons jours. ( Si tu connais le crapaud tu comprendras. La dame a ses humeurs)
Expatriée je ne suis pas vraiment concernée, enfin... plus, et encore... si tant est que je le fusse un jour ( régale toi, le subjonctif imparfait c'est cadeau)
Parce que oui, c'est vrai, je suis partie, un moment, loin de mes contrées natales, à l'autre bout de la planète, vivre sur un caillou bordé d'un océan d'un bleu un peu plus turquoise. je me suis expatriée.
Mais voilà voilà, je suis revenue en métropole ( là c'est le moment où je pleure)
Et puis L'île de la Réunion, dans l'Océan indien, à l'Est de l'Afrique de l'Est, caillou minuscule à coté de Madagascar, c'est loin, très loin, 10 000 kms à vol d'Air austral, mais c'est toujours la France.
La même secu, la même CAF, les mêmes impôts ( quoi que), la même administration française, les mêmes systèmes scolaires, de santé, juridiques, bancaires que ceux que j'ai toujours connus.... on prend les mêmes et on recommence, le soleil en plus.
Expatriée n'est peut être pas le bon terme.
Et pour ne rien te cacher, c'est aujourd'hui que je prends la mesure du terme expatrié. Parce que mon mari est, en ce moment même, quelque part dans un pays qui n'est pas la France, il y négocie un éventuel contrat qui ferait de nous de vrais expatriés, avec une carte de séjour, d'autres systèmes, d'autres administrations.
Donc oui c'est le bon jour pour faire le point sur mon expérience de fausse expatriée en attendant de savoir si je vais devenir une vraie expatriée.
1/ Expatriée toute seule ou expatriée par amour ?
Toute seule je n'en aurais jamais eu le courage. Je suis casanière, je suis bien là où on m'a posée. Comme tout le monde j'aime voyager pendant les vacances, découvrir de nouveaux horizons, mais je dois faire partie de ces gens qui ont un système racinaire important. J'aime revenir chez moi.
Du moins, ça, c'est ce que je croyais avant, avant d'accepter de partir loin de mon coin de France.
J'ai épousé un type qui lui ne pense qu'à partir. A l'inverse de moi, lui ses racines il les fabrique instantanément là où il est. Et pire, depuis que je le connais, il les rêve ailleurs.Au hasard de vacances à Marie Galante, il nous voyait, là, avec les enfants, heureux.
Parti en séminaire de travail en Nouvelle Zélande, il me disait combien notre vie serait fantastique ici.
Un tour en bateau avec nos amis à Cuba et c'est toute la famille qu'il voulait embarquer.
...
Le rêveur est patient, il aura mis presque 20 ans à me convaincre mais il y est parvenu.
Une offre d'emploi alléchante, un moment propice et j'ai accepté.
Par amour c'est certain. Et c'est joliment dit pour "c'était ça ou la fin d'une jolie histoire".
Presque 20 ans c'est long, c'est dur quelques fois. Deux boulots très prenants, deux vies qui se font côte à côte.
C'est faux de penser que les chemins des deux individus d'un couple sont identiques ou parallèles, ils sont tout sauf parallèles, ils se croisent, se suivent, s'entrelacent souvent mais se séparent aussi.
Le moment propice à notre départ a été celui d'une prise de conscience mutuelle d'une séparation qui arrivait inéluctablement et que nous ne voulions ni l'un ni l'autre. Il fallait tenter quelque chose, rompre le cours de notre routine, se retrouver autour d'un projet commun, rêver à l'unisson.
Pas vraiment une bouée de sauvetage, on n’entraîne pas toute sa famille à 10 000 kms sur un rafiot qui coule, mais disons qu'il a fallu beaucoup de temps pour que je rompe mes amarres et autant de temps pour que le rêveur devienne un vrai capitaine.
Nous sommes partis. Lui, moi et nos 3 enfants de 17, 15 et 12 ans.
Mes enfants, mon dernier rempart ultime. J'avais dit: si les enfants ne sont pas d'accord, nous n'irons pas. Ils ont été d'accord. Nous sommes partis.
2/ Depuis combien de temps es-tu de l’autre côté de chez toi…
Voilà c'est ça qui est paradoxal, moi l'enracinée, celle qui ne voulait jamais partir loin de sa famille, qui était sûre que chez elle c'était ce p'tit bout de cote Atlantique, la première réponse qui me vient à l'esprit aujourd'hui c'est: presque 2 ans. Date de notre départ en métropole.
La Réunion a été une expérience si unique, si enrichissante que c'est depuis que je l'ai quittée que je suis de l'autre coté de chez moi.
Ici, là où je vis aujourd'hui, je ne suis pas chez moi.
La Mayenne c'est chez moi, Nantes c'est chez moi, Pornic c'est chez nous, la Réunion c'est chez nous, ici ce n'est qu'une étape. Il manque la mer et tellement de choses.
3/ Quels sont les mets qui te manquent le plus de ton pays d’origine ?
Le fromage me manquait à la réunion.
D'ailleurs c'était une très très mauvaise idée de le dire à qui voulait l'entendre juste avant les vacances de Noël en métropole. Résultat 4 kg en 15 jours, plateau de fromage pantagruélique chez mes parents, "reprends du comté il ne doit pas être très bon là bas" et raclette chez à peu près tous les amis qui sont trop contents de te faire plaisir.
Il y a du fromage péi à la réunion, du fromage de vache ou de cabri ( chèvre) mais bof bof surtout quand on a un papa qui a toujours acheté son from chez un fromager ou au marché, pas au supermarché, malheureux! et que toi bonne fille élevée à l'ossau iraty fermier et au camembert au lait cru tu as suivi ce précieux conseil.
Je me souviens d'une soirée vin et fromage. Ah oui le vin c'est compliqué aussi, mais il y a des cavistes qui le font venir dans des containers climatisés, c'est plus cher mais ça va encore, et pis y'a le Charrette, le rhum péi, à 5€ la bouteille on oublie vite l'apéro Chablis.
Le ti punch y'a que ça de vrai.
Soirée vin et fromage chez ma merveilleuse Emmanuelle. Chacun devait apporter un litron et un bout de fromdu. Ce soir là on avait invité Octave. Octave est pilote de ligne, il arrivait le matin même de Paris et dans sa besace ( réfrigérée siouplé) du comté, du vrai, du bon qui n'avait pas souffert d'un stockage au soleil. Octave je t'ai aimé ce soir là, si tu savais. Mais j'aime beaucoup Emmanuelle aussi hein, l'autre Emmanuelle ta femme ma copine de conseils d'administration du lycée.Aujourd'hui c'est le rougail qui me manque, et peut être plus encore les gâteaux banane l'on achetait chez Loulou à Saint Gilles avant d'aller à la plage, ou le café vanille sur la plage, ou mieux la glace mangue achetée au camion de glaces avec sa petite musique enfantine qui l'annonçait de loin, ou non, tiens, ce qui me manque le plus, c'est de tendre la main sous la varangue vers le citronnier du jardin, cueillir un citron, en couper un morceau et l'ajouter au sucre péi et au rhum pour déguster mon ti punch le soir.
Les ti punch n'ont plus le même goût ici.
Tout comme les litchis. Ici ils sont..insipides. Rien à voir avec les fruits juteux, à 80 cts le kilo, achetés sur un étal au bord de la route. J'ai toujours aimé ça les litchis de Noël en France mais c'était avant, avant de les goûter tous frais cueillis sur l'arbre.
Les baleresses ( étrilles) ne seront jamais aussi bonnes que mangées sur le dolmen du Predaire de Pornic avec un bon verre de muscadet, les gougères de Jean claude Godard sont magnifiques chez Jean Claude Godard en bourgogne, le rougail saucisse au snack racine à l'Hermitage...
Je goûte autant le mets que la situation.
Si on doit repartir ailleurs, il n'y aura peut être pas de litchis, pas de ti punch mais il y aura autre chose, une gourmandise qui affolera mes papilles et dont je ne soupçonne peut être même pas encore l'existence. Ce qui est certain c'est que c'est là bas qu'elle sera le meilleur.
4/ Vis-tu à l’heure de ton pays d’accueil ou à l’heure de ton pays d’origine ?
Quelle drôle de question, comment peux t'on vivre à l'heure de son pays d'origine dans son pays d'accueil? Autant dire: je vous emmerde, mon heure est bien plus futée que la vôtre, je n'ai aucune envie de connaître vos us et coutumes. Et dans ce cas qu'on m'explique ce qu'on vient y foutre dans ce pays.
5/ Une chose, un objet que tu as toujours trimbalé au long de tous tes voyages…
Une ou deux bricoles légères, souvenirs de ma grand mère, souvenir d'une amitié, d'un moment précieux.
On est parti à la Réunion sans container, avec une valise de 27 kg maximum par personnes soit 135 kg pour 5.
Les fringues, quelques papiers , il y avait peu de place pour les fioritures. J'ai appris à me délester. Moi qui était une collectionneuse d'objets improbables, une acheteuse compulsive, j'ai reçu là une grande leçon, voir partir chez qui voulait les prendre ou à la poubelle la plupart de mes objets m'a guéri. On vit très bien sans tout un tas d'inutilités.
6/ Te sens-tu étrangère une fois par jour, une fois par semaine, de temps en temps, jamais..
Je ne me suis jamais sentie étrangère à la Réunion. Pourtant...
Les 6 premiers mois ont été très compliqués. Ma famille me manquait, l'île n'était pas à la hauteur de ce que j'attendais. Mon chéri en avait dressé un tableau si idyllique et j'étais si en colère que je fermais les yeux sur toute la beauté qui m'entourait. Je sais maintenant que j'étais totalement hermétique au changement. Je m'en voulais d'avoir accepté ce départ, de faire subir cet éloignement à mes parents ( le fameux cordon, les amarres pas tout à fait rompues...) Les plages me semblait inintéressantes, beaucoup moins belles que celles des Antilles, même le lagon ne souffrait pas la comparaison à mes yeux avec le sentier des douaniers de mon Pornic adoré ( c'est dire si j'avais des œillères!).
Je me souviens d'être allée au cinéma voir un film français tourné dans Ma région, j'ai pleuré à chaudes larmes devant Mes paysages.
Les gens me semblaient surfaits, on était invités un peu partout chez des zoreils ( métropolitains installés sur l'île) trop contents de montrer à quelle point la vie était géniale sur le caillou et moi je notais surtout leur snobisme de zoreil. Chacun énonçant fièrement son " depuis combien de temps êtes vous sur l'île?" 7 mois, 1 an, wahoo 9 ans mais quelle chance! WTF ? On s'en balance de savoir qui détient le record de longévité.
Les créoles me saoulaient avec leur kreol, barrière très pratique du 'tu n'es pas d'ici, tu ne nous comprends pas"
Tout était cher, mais cher à un point! le jambon herta à 5€ les 4 tranches, le nutela idem, la vaisselle (je te rappelle les valises, que des fringues, tout à racheter ici, à commencer par la vaisselle) que du moche et du moche cher.
On me proposait de la lampe en noix de coco quand moi je voulais mes ateliers d'artistes recup de Nantes.
Bref, fermée à double tour la pingsheuse, veut revoir son Pornic, ses amis, sa famille, ses habitudes.
Et puis il y a eu un déclic, je sais précisément où il a eu lieu. Sur la route des tamarins, en direction de la plage, un dimanche, mon mari me disait pour la énième fois "Regarde comme c'est beau, les maisons dans les hauts d'un coté, l'océan de l'autre coté" et là bizarrement j'ai rendu les armes. Je l'ai physiquement ressenti, la pression qui retombe, les épaules qui se dénouent. Oui c'était beau. ( et pourtant ce n'est que la route des tamarins, pas l'endroit le plus sexy de la Réunion) mais pour la première fois je l'admettais. Oui on allait être bien ici.
Une fois toutes mes barricades tombées, je me suis laissée aller et j'ai vu, le lagon, les gens, les paysages, la faune, la flore, ma nouvelle vie.
Et puis il fallait vraiment que je sois totalement coincée du c.. pour ne pas tomber sous le charme de la Réunion.
C'est une merveille.
7/ Songes-tu à un éventuel retour "chez toi" ?
Le chez moi de la réunion est devenu mon chez ma fille. Alors oui j'ai très envie d'y retourner mais pas dans n'importe quelles conditions. Si je suis pragmatique, ( ce qui serait très nouveau) il y a un énorme point noir à la vie à la Réunion, un point noir d'environ 1000€ par tête, le prix d'un billet aller et retour pour la métropole. Si je dois vivre de nouveau là bas, mon budget devra pouvoir supporter au moins un aller et retour par an pour chacun de nous. Voire deux. Un voyage vacances et un en cas d'urgence. Et ça fait un sacré budget!
En revanche puisqu'on parle gros sous, la vie finalement ( maintenant que je suis rentrée en métropole, là où c'est aussi la crise) n'est pas aussi dispendieuse qu'on pourrait le croire. Il suffit de se mettre au diapason local, de manger péi quoi! les marchés recèlent des fruits et de légumes monstrueux de goût à des prix tout doux ( beaucoup moins cher qu'ici). On consomme différemment.
8/ Justement, que signifie pour toi l’expression "chez soi" ?
Pour moi c'est l'endroit qu'on est content de retrouver quand on rentre de vacances.
Petite fille j'avais ce sentiment très fort d'excitation teintée de mélancolie quand, dans la GS de mon père, on approchait de Chateau Gontier. On laissait les vacances à St Brévin les pins derrière nous mais on rentrait à la maison.
Adulte j'ai éprouvé ce même sentiment en rentrant chez nous à Pornic avec nos loulous.
Et c'est aussi ce que je me suis dit dans l'avion pour la Réunion, revenant de vacances en métropole. On rentre à la maison.
Ici, je n'arrive pas à retrouver ce sentiment, ce n'est pas chez moi.
9/ La leçon de cette expatriation ?...
les leçons!elles sont trop nombreuses pour être écrite ici. mais sommairement:
De mon point vue de femme: J'ai retrouvé mon mari.
De mon point de vue de maman: Mes enfants ont grandi. Ma fille y est devenue une femme, elle y a puisé une force incroyable. Et même si cela nous a conduit à une séparation, puisque chez elle c'est la réunion, je suis fière, à l’extrême, de celle qu'elle est devenue.
C'est plus compliqué pour mes fils, qui vivent encore toujours un peu dans le fantasme de leur vie Pornicaise, qui se réfugient derrière des "si on était resté à Pornic, on aurait fait ceci ou cela". Moi je ne suis pas certaine qu'avec des si ou si il y aurait eu ci ou ça. Des excuses, toutes trouvées, bien pratiques, culpabilisantes pour leur mère. C'est beaucoup plus simple de rejeter la faute sur l'autre que s’interroger soi-même. ( je le sais j'ai longtemps
D'un point de vue personnel, je me suis arrondie, dans tous les sens du terme, et si il y a un sens d'arrondi dont je me serais bien passée il y en a un autre qui était salvateur. Il y a encore du boulot, mais me déraciner est sans doute la meilleure chose qui pouvait m'arriver.
10/ Réponds à cette question que j’oublie de te poser et à laquelle tu voudrais tellement répondre…
Alors prête pour une nouvelle aventure ?
Oui, même si ça me terrifie, je suis prête.
En attendant je vous ai promené sur la plage de la Saline, sous les filaos, un dimanche ordinaire, la plage, le lagon et surtout les pique-niques sans chichis des familles unies. Tous ensemble, de la gramoune au marmaille, ça rit, ça chante, ça se régale.... c'est ça la Réunion!
Oui, même si ça me terrifie, je suis prête.
En attendant je vous ai promené sur la plage de la Saline, sous les filaos, un dimanche ordinaire, la plage, le lagon et surtout les pique-niques sans chichis des familles unies. Tous ensemble, de la gramoune au marmaille, ça rit, ça chante, ça se régale.... c'est ça la Réunion!



















